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 Loin des dieux, loin du coeur

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Eivissa
Maîtresse artisane
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Date d'inscription : 03/02/2017
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MessageSujet: Loin des dieux, loin du coeur   Jeu 7 Déc 2017 - 16:47

Dans une sombre crypte d’ordinaire peuplée par des ratous faméliques et des araknes rachitiques, un grand homme vêtu de noir marchait en rond. La pièce était mal éclairée et humide, des toiles de soie ondulant doucement au gré d’un des nombreux courants d’air glacés qui traversaient l’espace…




De la poussière épaisse était amoncelée sur le sol, seulement dérangée par le pas nonchalant de l’individu qui régnait en ces lieux. Son visage à la fois dur et délicat était éclairé par la lumière vacillante de bougies de hauteurs disparates calées sur un relief du bas-côté de pierre, la cire accumulée ayant coulé jusqu’au sol.

Sa longue cape s’agitait au rythme de ses pas. Il fit demi-tour, révélant un œil bandé recouvert par ses longs cheveux de jais. Le menton calé entre ses doigts, le personnage semblait être plongé dans une réflexion intense. Sa volte-face l’avait exposé à une lumière bien différente de celles des bougies, bien plus blafarde et puissante. L’homme plissa son unique œil, mais était-ce bien à cause de la soudaine clarté qui l’assaillait ?

D’un pas mesuré, il s’approcha de la source lumineuse qui était si soigneusement, si délicatement posée sur un coussin de velours pourpre, sur l’un des tombeaux de pierre qui semblait faire office de table. L’émanation était si forte qu’on ne pouvait réellement distinguer les contours de l’objet qui se trouvait là. Les mains gantées de l’homme flottèrent autour de la lueur, ce qui sembla provoquer quelques fluctuations dans la luminosité ambiante, jusqu’à ce que la chose posée là se mette à battre. Une impulsion issue du cœur de la blancheur qui inondait la pièce, qui refoula la poussière jusqu’aux murs et souffla une bonne partie des bougies.

L’homme ne put retenir un gloussement d’excitation et de satisfaction, et rétracta ses membres sous sa cape, alors que la lumière, elle, retrouvait son état initial. Il s’en détourna brusquement et, marmonnant, se saisit d’un sceptre orné d’un crâne posé contre l’un des carcans funéraires.

L’homme ne put retenir un gloussement d’excitation et de satisfaction, et rétracta ses membres sous sa cape, alors que la lumière, elle, retrouvait son état initial. Il s’en détourna brusquement et, marmonnant, se saisit d’un sceptre orné d’un crâne posé contre l’un des carcans funéraires.

« Nous allons accomplir de grandes choses, toi et moi » murmura-t-il tout en caressant l’ossement poli par le temps. Puis il le rangea dans une sangle à sa ceinture.

L’individu se dirigea vers une énième table de pierre jonchée de papiers, plumes, encres et ouvrages de toutes sortes. Tirant un tabouret haut d’un coin, il s’assit et se prépara à écrire. Son ombre portée masquant quasiment l’intégralité de sa surface de travail, il s’empara de son sceptre avec un soupir et intima « Revenez ».

Timidement, les flammes des bougies se ranimèrent et dispensèrent leur chaude lueur sur la couverture du livre placé devant lui. L’individu ouvrit l’imposant ouvrage relié et en révéla la première page. On pouvait en discerner le titre, manuscrit à l’encre sombre.

« Recherches, par Raval »

Le regard de ce dernier parcourut ces lignes avec un mélange de fierté et de tendresse, avant d’ouvrir le volume sur une page vierge. Saisissant un calame en os et le trempant dans un encrier maculé, il commença à écrire.

« Note en l’an 711, mois de Novamaire, 28e jour

Agonie la nécromancienne a réussi à créer des artefacts puissants pour le compte de la Fratrie. S'ils n'étaient pas voués à générer une armée, j'aurais aimé les étudier tous les quatre afin de comprendre l'influence du feu blanc sur le feu noir, à l'intérieur.

On les appelle les "cœurs livides".

Contrairement à un acte de nécromancie classique, le cœur peut s’utiliser sans consommer d'énergie d'un quelconque nécromancien. Les Trépamorts sont donc virtuellement indestructibles, si ce n’est par ce fichu Nécronyx, qui n’affecte même pas le cœur lui-même !

L'alliance d'énergies contraires m'intéresse et semble avoir beaucoup de potentiel ; à cela s’ajoute le fait que les cœurs prennent tout type d'âmes, sans distinction. Il faudrait explorer la possibilité d'appeler l’âme d'un être vivant et de la… »

La rédaction de Raval fut interrompue par une secousse de la pièce toute entière. Des traits de poussière chutèrent du plafond bas, les ossements à nu cliquetèrent dans leurs cercueils, la plume crissa sur le papier. Après quelques instants de répit, une autre secousse se produisit, plus clairement identifiable comme venant de l’entrée de la crypte. Le protecteur du mois de Septange resta abasourdi, comme sonné par ces prémices d’intrusion. Les chocs continuèrent d’ébranler la pièce, renversant pots et alambics, mouchant les bougies et saturant l’atmosphère de particules opaques.

Enfin, le son désagréable de la pierre frottant contre la pierre se fit entendre, et la lumière du soleil dessina l’ombre de l’encadrement de la porte sur le sol. Une silhouette flottante descendit lentement les marches, ses yeux mécaniques luisant dans le contre-jour. Raval, toujours perché sur son tabouret, était bouche bée.

« Oropo ! »

Il se leva et se redressa, faisant face à l’intrus. Sa main s’était instinctivement saisie de son sceptre, dont le crâne luisait à présent d’une discrète lueur bleutée.

Soudainement, Raval se contorsionna, le bras tenant son arme tordu dans son dos. Surpris, il laissa tomber le bâton.

« Mais qu’est-ce que ?! »

Le camouflage optique s’effaça alors, révélant la Sramette qui le maintenait avec une clé de bras, et un dard empoisonné pointé en direction de sa gorge. D’une voix sifflante, elle s’exprima.

« Oh non… Je ne crois pas que tu vas pouvoir te servir de cela. »

L’incrédulité fit place à une colère noire sur le visage du nécromancien.

« Toxine », éructa-t-il d’entre ses dents serrées.

« J’aurais dû me douter que tu étais à l’origine de tout cela, traîtresse ! »

La dénommée Toxine gloussa.

« Fais attention à toi, maître Oropo est très en colère à cause de ce que tu as fait. »

Ce dernier était resté sans mot dire durant l’échange des deux antagonistes, ses yeux parcourant l’environnement et se posant sur le cœur livide, radiant au milieu de la pièce. Il s’écarta ensuite légèrement pour révéler une troisième personne. Sans se retourner, il s’adressa à elle.

« Harebourg, aide-moi à sceller tout ça. Je ne veux plus en entendre parler. »

« Non ! Vous ne pouvez pas faire ça ! » Raval se débattit. « J’ai été évincé de vos décisions, et maintenant vous venez fourrer votre nez dans les miennes ?! »

Les yeux d’Oropo se rétrécirent jusqu’à n’être qu’un infime point lumineux.

« Mais je ne te demande pas ton avis, Raval. Tu as commis de nombreuses frasques, tu dois comprendre que ma confiance a... vacillé. Je me demande à présent comment j’ai pu croire qu’une personne telle que toi, qui n’es même pas un demi-dieu, aurait pu servir nos intérêts. »

Oropo s’approcha du cœur, ce qui fit tressaillir Raval.

« Mais puisque tu l’évoques, soit. Je te bannis de la Fratrie pour ton insubordination. Cela ne change rien au fait que tu ne pourras pas sauver ce cœur. »

Des silos s’échappèrent de sous la capuche d’Oropo et téléportèrent Raval et Toxine en dehors de la crypte, en face du mausolée discret et isolé qui en abritait l’entrée. Suivirent Harebourg et Oropo, qui se placèrent devant l’édifice. Oropo sortit l’Eliacube et concentra son pouvoir dessus. Le Xélor, sans mot dire, tendit sa main pour prêter sa force au dirigeant de la Fratrie. En l’espace de quelques minutes, la crypte avait été scellée, placée hors de l’emprise du temps.

Raval s’était affaissé, ses plans réduits à néant une fois encore…

« Je me vengerai, Toxine. Tu ne vaux pas mieux que Sram, vous êtes exactement pareils. »

La sournoise lui jeta un regard rieur avant de le libérer de son emprise. Elle rejoignit Harebourg et Oropo, puis ils disparurent tous les trois.

Le nécromancien resta longtemps prostré, comme gelé dans sa position alors que le vent froid faisait frissonner sa cape. Finalement, il se releva, et se mit à marcher. Dans quelle direction ? Il ne savait pas. Pour aller où ? Il n’en avait aucune idée. Mais au fond de son unique œil apparent brûlait la flamme de la vengeance, plus vive que jamais, et elle allait le guider pour les siècles à venir.


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